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Pourquoi le flamant rose perd-il sa couleur? 1

Contrairement à un peintre, Valentin Merle ne pose pas la couleur sur la toile, mais la fait pénétrer au cœur des fibres. Il utilise des végétaux, des éléments vivants, pour teindre ses tissus. Et s’il ne représente pas un paysage, ses œuvres reflètent néanmoins un territoire, d’où proviennent ses couleurs. La taille des toiles, qui occupent et divisent l’espace, permettent une forme d’immersion. L’artiste s’intéresse aux plantes et à leurs multiples utilisations (nourriture, remède, teinture), mais aussi à l’aspect éthique et écologique de leurs usages.

Valentin Merle
Infusion

Des textiles de taille et de couleurs variées, sans châssis ni cadre, mettent en avant la matérialité des œuvres. Accrochées, les toiles structurent l’espace et forment des architectures mouvantes. Certaines transparences invitent à penser les frontières qui définissent la présence des textiles dans les différents domaines de la vie. Le tissu sert à la fabrication d’accessoires, notamment domestiques, nappes, serviettes, et a souvent pour fonction de protéger.
De la récolte de plantes tinctoriales à la réalisation des œuvres, l’étape de la teinture relève du champ lexical du repas : Valentin Merle se retrouve aux fourneaux, il cuit des plantes pour en extraire la couleur dans de grandes casseroles. Il n’est pas question de peinture de paysage, néanmoins les couleurs, liées aux fibres textiles par la teinture, sont le témoignage d’un territoire qui correspond à la provenance des plantes utilisées. La gamme de couleurs peut paraître plus réduite que dans le champ des couleurs de synthèse. Pourtant, chaque plante, bien que de la même famille, donne d’infimes variations d’une même teinte.
En choisissant de produire grâce à un savoir-faire, avec la volonté de favoriser les circuits courts et la récupération, Valentin Merle pense l’artisanat comme un mode de production qui prend soin de l’environnement. De plus, en se référant à la teinturerie en Suisse, qui a connu un vif essor par le passé, il réactualise un pan souvent méconnu de l’histoire régionale. La représentation et la répétition de formes géométriques rappellent le courant minimaliste, mais l’artiste s’en distancie en valorisant le processus de production dans son ensemble. Le geste de l’artiste est inscrit sur la frise, longue bande de papier d’une vingtaine de mètres, qui met en dialogue les différentes œuvres. Quant à la valeur décorative des motifs, elle est là pour elle-même et permet la contemplation. 
L’artiste décline l’utilisation des plantes en s’intéressant tantôt à leur pouvoir colorant, tantôt à leur valeur gustative ou curative dans des performances culinaires où les aliments, vecteurs de convivialité, permettent la rencontre. Le titre, « Infusion », rappelle le rôle de l’eau qui transporte certains principes d’un élément à un autre et pose la question de l’ingestion, au sens propre comme au figuré.

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