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Hyper saisons 1

Nour Asran

Ceremony pour un cyborg
Des formes organiques en terre sont reliées par des tuyaux qui se déploient en réseau dans l’ensemble de l’installation. Le choix de la terre pour façonner un cœur n’est pas anodin. De nombreux récits originels évoquent la terre comme matière créatrice, dont l’être humain serait issu, notamment dans le récit de la Genèse.
Un cyborg est un être de science-fiction qui combine des caractéristiques humaines et des éléments mécaniques ou électroniques  et est une réponse au désir de dépasser les limites du corps.
Cette réflexion prend une résonance particulière dans le contexte de la santé, où l’hyperspécialisation des soins tend à fragmenter le corps, assimile les organes à des machines et conduit au remplacement des parties jugées défaillantes.

Vidéo
Un corps en mouvement, entre danse ou acte rituel. L’habit est à la fois une parure, mais pourrait aussi être un prolongement du corps, relié par les végétaux à la nature dont il cherche à se rapprocher ou à en obtenir des faveurs. Les matériaux de construction (tuyaux, mousse expansive, bleu de travail) évoquent quant à eux l’aspect de la (re)construction.

Laurent Faulon

Trognes - Paréidolie
Avec la participation de Alejandro Chontal Estrada | Michel | Céline Perrin | Laïlah Simonds Les œuvres en papier mâché ont été réalisées avec l’aide des bénéficiaires des Ateliers de réhabilitation à CERY, où l’artiste est resté plusieurs mois dans l’espace de résidence d’artiste professionnel VU.CH.

Voir des formes familières (visages, animaux) dans des taches ou des objets révèle le besoin de créer du sens. Ce phénomène, appelé paréidolie, se retrouve dans les œuvres en papier mâché.
Les Trognes à l’ESPACE CHUV : ces grands arbres, fabriqués en papier de toilette rose, convoquent de différentes façons le corps (carnation et matériau lié à l’intimité). Un trogne désigne un arbre dont les branches ont été coupées et qui développent des renflements à l’aspect parfois monstrueux. Cette pratique aujourd’hui contestée pour des raisons notamment esthétiques fait écho à la manière dont la société traite et invisibilise les corps jugés dérangeants ou blessés. De plus, l’œuvre n’est pas dépourvue d’ironie, des forêts entières sont abattues pour confectionner du papier hygiénique (qui reste un marqueur social et culturel) comme celui qu’utilise l’artiste pour réaliser ses arbres.

Idéal standard, ce nom réunit deux mots de sens opposés, car ce qui est idéal ne peut pas être standard, bien que la société ait tendance à normaliser l’idéal.
Dans ce titre, Laurent Faulon joue avec la question de la norme. Idéal standard est à l’origine une véritable marque de lavabo. Alors que les lavabos réalisés par l’artiste n’ont quant à eux rien d’une production en série industrielle. Au contraire, chacun est différent, porte un nom et les traces de fabrication sont visibles, comme les pressions exercées par le corps de l’artiste : empreintes de doigts, déformations des contours.
Dans la série complète, un large panel de couleurs, du clair au foncé évoque différentes teintes de carnation. Certains présentent des boutons ou des grains de beauté, renvoyant ainsi explicitement aux corps. Si l’aspect décalé de ces œuvres peut faire sourire, le choix d’un objet lié à l’hygiène pour parler du corps n’est pas anodin et ouvre une lecture bien plus grinçante.

Adrien Fregosi

Le parcours d’Adrien Fregosi (1980 – 2024) et son expérience de la maladie sont indissociables de son œuvre. La couleur noir contraste avec des teintes pastel, formant deux pôles entre lesquels circulent des émotions tantôt lourdes, tantôt légères.
Les figures humaines et animales – notamment les chiens – adoptent des postures familières, évoquant des personnages de bande dessinée ou de cartoons qui invitent à (se) raconter des histoires. L’usage du spray, emprunté au graffiti, suggère un décor citadin, mais répond aussi à l’inconfort généré par la maladie qui impose une urgence d’exécution.
Les visages, dont l’expression se concentre souvent dans le regard, semblent parfois se dissoudre en larmes. Les contours n’étant pas nets, à l’image des nuages : plus ils sont proches, plus leurs formes se dérobent, induisent une forme de porosité entre les monde réel et imaginaire, mais aussi entre la vie et la mort.

Delphine Reist

En superposant des formes issues de culottes ou de cagettes – dentelles de nylon ou plastique – Delphine Reist compose des images qui font penser à des plantes, des troncs d’arbres, tout en conservant leur identité et l’imaginaire collectif relatif à ces objets.
L’installation globale à l’ESPACE CHUV évoque un paysage qui invite à interroger les corps humain, animal et végétal. Derrière l’horizon de couleurs pastel, se manifestent les effets d’un système néolibéral qui transforment les corps en marchandises.
Fidèle à sa démarche, Delphine Reist dialogue avec le lieu, ici, l’hôpital. Ce contexte instaure un va-et-vient entre les œuvres, les émotions et les réflexions qu’elles suscitent, et le lieu lui-même – ce qui s’y joue et la manière dont cela est vécu. Ce paysage pourrait-il alors devenir un espace pour questionner, voire détourner, certaines limites.

Nour Asran

Nour Asran, né en 1995, vit et travaille à Nice, France.

Il a fait ses études à l’ENSA Villa Arson, Nice. Il a exposé à la Greenhouse, Saint Étienne en 2025.
Il privilégie un travail autour de l’objet, qu’il détourne par assemblage et les contrains à une autre fonction. On retrouve dans son travail un intérêt pour la science-fiction, le mysticisme et une critique du capitalisme.

Adrien Fregosi

Adrien Fregosi est né en 1980 à Échirolles et est décédé en 2024 à Sète en France.

Il s’est formé en côtoyant le milieu des cultures alternatives et a exploré les possibilités offertes par l’art urbain. De son vivant, il a exposé en France, mais aussi en Belgique, au Danemark. Aujourd’hui, son travail est représenté par la Galerie Sultana et Marine Lang.
Sa démarche artistique interroge le sens de la vie en s’intéressant aux états émotionnels qui traversent l’existence.

Laurent Faulon

Laurent Faulon d’origine française est né en 1969, il vit et travaille à Genève.

Il a étudié dans différentes écoles d’art françaises (Mâcon, Grenoble) et à Londres. Il a exposé dans différents pays (Finlande, Japon, Portugal) et son oeuvre fait partie de plusieurs collections.
Il débute son activité artistique dans les années 80, où les ready-made font leur retour. Il utilise son corps comme matériel artistique, comme dans des performances.

Delphine Reist

Delphine Reist, née en 1970, vit et travaille à Genève.

Son travail est reconnu à l’international, l’artiste a reçu de nombreux prix. Son œuvre figure notamment dans la collection du Centre Pompidou, Paris.
Sa démarche explore les objets du quotidien, qu’elle met en mouvement ou transforme par assemblage, tout en préservant leur identité. En créant des décalages, avec malice, elle interroge notamment la culture du travail basée sur la productivité et ses effets sur la santé. Actuellement, elle est représentée par les galeries Lange + Pult, Zurich, et Laurent Godin, Paris.

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